Pas de côté

« Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom ».

Paul Éluard, « Liberté », Poésie et Vérité, 1942.

Cinéma et utopie : L’An 01, « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste »

En 1973, Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch co-réalisaient un ovni cinématographique d’anthologie en adaptant avec Gébé sa bande-dessinée utopiste l’An 01.

L’an 01, c’est le joyeux mélange d’une liste infinie de jeunes acteurs de talents et d’acteurs d’un jour, d’une suite de situations aussi absurdes que riches de sens, de bricolages techniques, de chansons, de désobéissances, d’irrévérences et d’invention d’un autre monde : un monde de libertés, de partage et de bienveillance.

Le synopsis :  » La population décide d’un certain nombre de résolutions dont la première est « On arrête tout » et la seconde « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable ». L’entrée en vigueur de ces résolutions correspond au premier jour d’une ère nouvelle, l’an 01″.

Avoir-alire.com, 2015

Cinq ans après Mai 1968, l’An 01 en transmettait l’esprit à la postérité dans un style aussi spontané que génial : un cinéma de lutte festif.

L’AN 01 est disponible en version complète sur la plateforme Viméo : https://vimeo.com/76020165


Canfranc, le Titanic des Pyrénées.

Cette semaine l’émission Une histoire particulière de France Culture nous a invité à Canfranc, au cœur des Pyrénées. Cette commune de quelques centaines d’habitants, nichée sous le col du Somport à 1195 m d’altitude du côté espagnol de la frontière, abrite un édifice des plus surprenant : la deuxième plus grande gare d’Europe et plus grande gare ferroviaire abandonnée au monde.

En 1928, le roi d’Espagne et le Président de la République Française inaugurent en grandes pompes cet édifice de 240m de long, joyau de la nouvelle ligne transfrontalière Pau-Saragosse. Un spectaculaire accident qui heureusement ne fera pas de victimes mais causera de très importants dégâts matériels aura toutefois raison de la ligne en 1970. Une histoire méconnue à découvrir ici : Canfranc (1/2) : Il faut passer les Pyrénées.

Barracoon : l’histoire du dernier esclave américain (Paris: JC Lattès), Zora Neale Hurston, 2019.

©Marina Soubirou, Ouidah, 2018.

Qui a arpenté les quelques kilomètres de la ‘Route de l’esclave’ séparant la ville de Ouidah (Bénin) des plages de l’Atlantique a ressenti au cœur une lourdeur indicible : celle de savoir, celle de sentir autour de soi la douleur de ceux-qui, des siècles durant, parcoururent enchainés ce chemin avant d’être dans l’horreur arrachés à leur terre ; mais aussi parfois celle de savoir, celle de sentir la culpabilité d’une abomination perpétrée par nos nations et qui a largement participé de leur développement passé durant la Révolution Industrielle (voir à ce sujet cette conférence d’Alf Hornborg en 2015 lors du colloque Penser l’Anthropocène au Collège de France).

Lire Barracoon : l’histoire du dernier esclave américain de l’anthropologue Zora Neale Hurston (publié cette année en français aux Éditions JC Lattès), c’est parcourir cette route à 160 ans de distance à travers les douloureux souvenirs d’Oluale Kossola (ou Cudjo Lewis). Oluale Kossola a été kidnappé au centre du Bénin en 1859, dans son village de Bantè, avant d’être vendu et déporté à bord du Clotilda dans ce qui est aujourd’hui considéré comme le dernier convoi négrier vers les États-Unis, alors que la loi interdisait de telles pratiques depuis 1808. À la fin des années 1920, Zora Neale Hurston va recueillir son témoignage à Africatown, village qu’il a cofondé avec les autres survivants du rapt. Tandis que – faisant taire quelques voix négationnistes – l’épave du Clotilda vient d’être retrouvée par le fond de la rivière Mobile (son capitaine l’avait coulé pour effacer les preuves de sa forfaiture), relire l’histoire d’Oluale Kossola nous offre aujourd’hui un regard rare et précieux sur ces heures sombres de notre histoire.

Quelques liens :
Des images d’Oluale Kossola filmées par Zora Neale Hurston en 1928.
Une chronique de l’ouvrage Barracoon : l’histoire du dernier esclave américain dans l’émission « Medium large » sur Ici Radio-Canada Première.
Une semaine à pieds sur les traces des esclaves du Dahomey, un carnet de voyage du Monde d’après le témoignage d’Oluale Kossola.
Les Antilles françaises enchaînées à l’esclavage, un cycle d’émissions de « La Série Documentaire » sur France Culture.
Esclaves libérés aux Seychelles 1861-1872, une exposition virtuelle de l’iconothèque historique de l’Océan Indien.